Louvrage de Philippe Carré, Lapprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Dunod, 2005, débute par une analyse de la société de linformation, de la montée des investissements immatériels et des espoirs mis dans le développement des industries de la connaissance sappuyant sur une recherche defficience pédagogique dure à cerner. La transformation de la nature du travail qui en découle, conduit à une plus grande mobilisation des ressources personnelles des salariés qui deviennent des travailleurs du savoir, apprenants permanents.
Cette irrésistible ascension du sujet social apprenant implique un rapport au savoir, apparemment plus accessible, transformé. La société est-elle devenue "éducative" ou "pédagogique" avec le risque de tomber dans le travers de linjonction : soyez autonome dans votre façon dapprendre ? Dautant quune société "cognitive" tendrait à reposer sur une sur scolarisation des uns et sur lexclusion des autres, au détriment de lesprit démocratique dégalité des chances. Sachant que ce sont ceux qui ont déjà le plus bénéficié de la forme scolaire dans leur jeunesse qui profitent au mieux de la formation continue (proche de cette forme scolaire), cest dès lécole quil faudrait développer le goût dapprendre et les attitudes favorables à lapprenance.
En regard de cette évolution, la formation continue est passée de léducation permanente à vocation culturelle à une formation professionnelle continue dont lorientation socio-économique met laccent sur la notion de compétences à développer par un formation plus individualisée.
La seconde partie de louvrage est construite autour du triptyque :
. vouloir apprendre ou de la motivation, intrinsèque ou extrinsèque
. savoir apprendre par soi-même ou lapprenance comme disposition pour apprendre
. pouvoir apprendre, vers une écologie de lapprenance dans le monde du travail, de la Cité et de léducation.
Cependant, il ne suffit pas dêtre informé pour connaître, ni davoir accès au savoir pour connaître. Doù la triple illusion possible de la formation continue dans ses causalités supposées :
Formation - ? -> apprentissage - ? -> compétences - ? -> performance
Il manque un chaînon : lapprenance, ensemble durable de dispositions favorables à laction dapprendre dans toutes les situations formelles ou informelles, de façon expérientielle ou didactique, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite.
On pourra regretter que lauteur ne soit pas aller jusquau bout de la logique de lapprenance qui ouvre une nouvelle perspective dans la manière dappréhender les situations où lon apprend, ce qui relativise la place de lécole. à la distinction formelle, non formelle, informelle, on pourra préférer, avec Loïc Brémond, celle des formations institutionnalisées en interactions avec les démarches dautoformation sociale. En effet, lapprenance est une disposition qui est autant nécessaire dans le couple "enseigner/apprendre" que dans les situations où lindividu apprend par lui-même, hors des institutions éducatives. Il sagirait alors de créer, comme le préconise le Mémorandum européen cité en page 182, "des centres dapprentissages sur les lieux m^me de la vie quotidienne, où se réunissent les citoyens non seulement les établissements scolaires, mais aussi les cercles municipaux, les centres commerciaux, les bibliothèques et musée, les lieux de culte, les parcs et les places publiques, les gares ferroviaires ou routières, les centres médicaux et complexes de loisirs ainsi que les cantines des lieux de travail."
(Voir larticle Apprendre pour lire ; lire pour apprendre du 4/4/2005)| Novembre 2009 | ||||||||||
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