Lundi 2 mai 2005
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L'ouvrage de Philippe Carré, L'apprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Dunod, 2005, débute par une
analyse de la société de l'information, de la montée des investissements immatériels et des espoirs mis dans le développement des industries de la connaissance s'appuyant sur une recherche
d'efficience pédagogique dure à cerner. La transformation de la nature du travail qui en découle, conduit à une plus grande mobilisation des ressources personnelles des salariés qui deviennent
des travailleurs du savoir, apprenants permanents.
Cette irrésistible ascension du sujet social apprenant implique un rapport au savoir, apparemment plus accessible, transformé. La société
est-elle devenue "éducative" ou "pédagogique" avec le risque de tomber dans le travers de l'injonction : soyez autonome dans votre façon d'apprendre ? D'autant qu'une société
"cognitive" tendrait à reposer sur une sur scolarisation des uns et sur l'exclusion des autres, au détriment de l'esprit démocratique d'égalité des
chances. Sachant que ce sont ceux qui ont déjà le plus bénéficié de la forme scolaire dans leur jeunesse qui profitent au mieux de la formation continue (proche de cette forme scolaire), c'est
dès l'école qu'il faudrait développer le goût d'apprendre et les attitudes favorables à l'apprenance.
En regard de cette évolution, la formation continue est passée de l'éducation permanente à vocation culturelle à une formation professionnelle continue dont l'orientation socio-économique met
l'accent sur la notion de compétences à développer par un formation plus individualisée.
La seconde partie de l'ouvrage est construite autour du triptyque :
. vouloir apprendre ou de la motivation, intrinsèque ou extrinsèque
. savoir apprendre
par soi-même ou l'apprenance comme disposition pour apprendre
. pouvoir apprendre, vers une écologie de l'apprenance dans le monde du travail, de la Cité et de l'éducation.
Cependant, il ne suffit pas d'être informé pour connaître, ni d'avoir accès au savoir pour connaître. D'où la triple illusion possible de la formation continue dans ses causalités
supposées :
Formation - -> apprentissage - -> compétences - -> performance
Il manque un chaînon : l'apprenance, ensemble durable de dispositions favorables à l'action d'apprendre dans toutes les situations formelles ou informelles, de façon expérientielle
ou didactique, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite.
On pourra regretter que l'auteur ne soit pas allé jusqu'au bout de la logique de l'apprenance qui ouvre une nouvelle perspective dans la manière d'appréhender les situations où l'on
apprend, ce qui relativise la place de lécole. à la distinction formelle, non formelle, informelle, on pourra préférer, avec LoÎc Bremaud, celle des formations institutionnalisées en interactions avec les démarches d'autoformation
sociale. En effet, lapprenance est une disposition qui est autant nécessaire dans le couple "enseigner/apprendre" que dans les situations où l'individu apprend par lui-même, hors des
institutions éducatives. Il s'agirait alors de créer, comme le préconise le Mémorandum européen cité en page 182, "des centres d'apprentissages sur les lieux m^me de la vie quotidienne,
où se réunissent les citoyens -non seulement les établissements scolaires, mais aussi les cercles municipaux, les centres commerciaux, les bibliothèques et musée, les lieux de culte, les parcs et
les places publiques, les gares ferroviaires ou routières, les centres médicaux et complexes de loisirs ainsi que les cantines des lieux de travail."
(Voir
l'article Apprendre pour lire ; lire pour apprendre du 4/4/2005)
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